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Le Chef de l’Etat a eu beau tenter de comparer la démission de Gérard Collomb, Ministre d’Etat et ministre de l’Intérieur, à une péripétie, il s’agit bien d’un véritable camouflet pour lui, un obstacle de plus dans une mécanique présidentielle qui a déjà montré plusieurs ratés depuis le début de l’été.

En effet, après l’affaire Benalla et le départ grandiloquent de Nicolas Hulot, celui du ministre de l’Intérieur vient faire régner une atmosphère de flottement et révéler une fragilité inattendue dans le couple de l’exécutif formé avec Edouard Philippe. Ironie du calendrier, cette situation coïncide avec le 60ème anniversaire de la Vème République dont la genèse s’est constituée, justement, contre la faiblesse des gouvernements de la IVème république et en faveur de l’affirmation d’un pouvoir présidentiel fort.

Aujourd’hui, entre la situation de vacance du ministère de l’Intérieur et la perspective, pressentie mais sans arrêt repoussée, d’un remaniement gouvernemental de grande ampleur, le doute est permis. Quant aux rumeurs entendues de bras de fer au plus haut sommet de l’exécutif, entre le Président et son Premier ministre, j’ose à peine y croire…

Naguère, dans l’ancien monde, lorsque François Hollande a dû remplacer son ministre de l’Intérieur, il l’a fait immédiatement et sans difficulté. Que n’aurait-on pas entendu si un Président socialiste avait mis plus d’une semaine à le faire ?

Endosser le costume divin de l’Olympe n’est pas aisé et c’est certainement là toute la problématique de la constitution de notre Ve république, malgré la stabilité politique qu’elle procure.

Si sur le papier l’équilibre des pouvoirs est pérennisé dans nos textes constitutionnels, entre le Parlement et l’Exécutif, sa pratique confère une place particulièrement prédominante à la parole présidentielle. Cela conduit à un décalage croissant entre les citoyens qui fondent sur une seule personne tous leurs espoirs et la réalité du pouvoir exercé.

Aujourd’hui, cette réalité tend à confirmer que l’ancien monde n’était pas si décrépi qu’on a bien voulu le présenter, et qu’Emmanuel Macron n’est ni un homme providentiel ni le porteur d’un changement radical en matière de pratique de nos institutions.

Dans ce contexte, je reste également dubitatif face au projet de loi de réforme des institutions que l’on nous promet depuis de longs mois maintenant. Reporté en plein cyclone estival Benalla, il devrait revenir au Parlement en début d’année prochaine.

Plutôt, nous avions pris l’initiative au printemps dernier, avec le groupe socialiste du Sénat, d’inviter les citoyens à rentrer dans le débat sur la rénovation de la Vème République. De cette consultation numérique, il en est ressorti une forte demande de participer à l’élaboration des décisions politiques à tous les niveaux territoriaux.

Je pense que le renouvellement de nos institutions passe par là ; plus d’horizontalité moins de verticalité : cela nous éviterait la progression du populisme qui se nourrit du fossé entre les Français et le pouvoir.