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Le feuilleton Benalla s’est poursuivi la semaine dernière, mercredi 19 septembre, par l’audition par la Commission d’enquête du Sénat du principal intéressé. Sans préjuger de l’issue judiciaire que trouvera cette affaire dans les prochaines semaines, un certain nombre d’observations me semblent pouvoir être faites à ce stade et  je souhaite les partager avec vous.

Pour ma part, je ne reviendrai pas sur les contradictions entendues lors de ces auditions, ni même sur le fond de la version défendue par Alexandre Benalla, niant en bloc jusqu’au bout s’être vu confier une mission de garde du corps. Quoiqu’il en soit, j’ai noté, comme tous, des discordances fâcheuses entre les affirmations de l’ancien chargé de mission de l’Elysée et celles de la préfecture de police de Paris concernant, en particulier, la justification du port d’arme par le principal intéressé.

Quand celui-ci indique qu’il s’agissait d’assurer sa propre défense, les autorités interrogées précisent que l’autorisation en question correspondait à une mission de police dans le cadre de son action de coordination de la sécurité de la présidence de la République.

Comme tous, je me demande aussi quelles pouvaient être les prérogatives d’un chargé de mission du Président de la République, affublé d’une tenue de policier, au cœur d’une manifestation du 1er mai et, de plus, faisant acte de violence, même en légitime défense, à l’encontre de manifestants.

J’insisterai plutôt sur ce que révèle cette affaire sur la façon dont la majorité actuelle appréhende nos institutions républicaines mais plus encore le rôle du Sénat. En effet, plus choquant est, je trouve, la manière dont respectivement le Président de la République puis le Porte-parole du Gouvernement, M. Christophe Castaner, ont cherché d’interférer avec les travaux de la Commission d’enquête en lui intentant un procès en illégitimité et en lui prêtant une volonté de déstabilisation de l’exécutif qui lui est étrangère.

En 2012, dans des circonstances aussi heurtées, celles de l’affaire Cahuzac, la majorité socialiste à l’Assemblée nationale avait, quant à elle, accepté de constituer une commission d’enquête similaire. Le Chef de l’Etat, François Hollande, et le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, s’en sont-ils émus ?

La vérité c’est qu’à travers l’affaire Benalla, plusieurs de nos principes constitutionnels, dont certains défendus avec emphase par Emmanuel Macron, ont été foulés au pied : où sont la séparation des pouvoirs, l’indépendance du Parlement et le respect de sa fonction de contrôle de l’exécutif lorsque le Président de la République se permet lui-même de téléphoner à son homologue du Sénat pour lui demander des comptes au sujet des travaux de sa commission d’enquête ?

Mon jugement est d’autant plus sévère à l’encontre du comportement de l’exécutif que chacun aura pu constater à quel point il se nourrit d’un sentiment d’antiparlementarisme primaire aujourd’hui diffus dans la société et traduit une volonté de décrédibiliser le Sénat et les Sénateurs dont je fais partie, ceux qui ne sont que des « petits marquis » aux yeux d’Alexandre Benalla. A-t-on déjà vu plus abjecte comportement ?

L’avènement du nouveau monde vendu par Emmanuel Macron en 2017 ménage les « amis » du prince au détriment d’un équilibre institutionnel qui a démontré son efficacité depuis 60 ans. Car le rôle du Sénat, je ne cesserai jamais de le répéter, est essentiel au fonctionnement de notre démocratie. C’est la deuxième jambe sur laquelle s’appuie notre bicamérisme et qui permet la juste représentation de tous les territoires et de tous nos concitoyens:la chambre haute sans laquelle aucun contrôle parlementaire ne serait aujourd’hui effectué vis-à-vis de l’exécutif et l’assemblée sans laquelle aucune investigation approfondie n’aurait été menée sur cette affaire Benalla. J'estime que la rigueur et l’objectivité avec laquelle la commission d’enquête sénatoriale a mené ses travaux plaideront en faveur de mes propos.

Au total, la fébrilité du Chef de l’Etat et de son exécutif sur ce dossier judiciaire et politique interroge, au moment où plusieurs divisions internes se sont fait jour au sein de la majorité présidentielle...d’abord un long mutisme de l’exécutif puis des attaques tout azimut contre les médias et l’opposition parlementaire, qui n’étaient d’ailleurs pas toujours dénués de relents complotistes.

Je souhaite pour ma part pouvoir tourner le plus vite possible la page de ce mauvais feuilleton médiatique qui aura malheureusement par trop détourné l’attention de nos concitoyens des sujets de fond, à l’heure où la présentation du budget 2019 vient préciser à quelle sauce services publics, ménages modestes et retraités seront mangés.

Loin de la polémique et du populisme ambiant qui ne m’ont jamais intéressés, c’est à ces sujets de fond qui intéressent le quotidien des français que je compte plutôt continuer à m’atteler, et ce dès à présent dans le cadre des travaux du Sénat et de la prochaine discussion budgétaire.