• b-cbd-11c.png

Entre la mise en place d’une taxation punitive des exportations française d’acier sur le sol américain annoncée vendredi, l’annonce du retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, ou encore, plus près de chez nous, une crise politique inédite en Italie, plusieurs événements sont récemment venus tendre les relations diplomatiques entre la France et son allié américain mais aussi obscurcir un peu plus les perspectives d’aboutissement d’un nouveau projet européen intégrateur, tel que voulu par Emmanuel Macron.

Depuis plusieurs semaines, il est peu dire que l’actualité internationale occupe le centre du débat politique. Cette intense séquence de politique internationale a été ouverte par le Président de la République lui-même à l’occasion de visites diplomatiques en Inde en mars puis aux Etats-Unis en avril, à l’occasion de la première visite d’Etat accordée par Donald Trump à un président étranger depuis sa prise de fonction.

Si en façade, l’entente entre les deux hommes est apparue des plus cordiales, il est peu dire que derrière les accolades de circonstance et les sourires affichés se cachaient une crispation à peine contenue, nourrie par plusieurs désaccords diplomatiques latents.

Au premier rang de ceux-ci figure le conflit commercial qui oppose les Etats-Unis à l’Union Européenne d’une part, puis les Etats-Unis au Canada et au Mexique d’autre part, et pour lequel la président Trump a annoncé sa décision, la semaine dernière, d’appliquer une surtaxe aux importations européennes d’acier et d’aluminium. Cette décision, contraire au droit du commerce international a évidemment fait l’unanimité contre elle.

Pour autant, elle est désormais effective et nous oblige, européens, à coordonner nos efforts pour proposer une réponse collective et adaptée à cette offensive diplomatique. Que ce soit sur le terrain commercial, sur le terrain de la défense ou encore de la sécurité extérieure, le Chef de l’Etat américain déroule une diplomatie offensive décrite par de nombreux éditorialistes comme une diplomatie du « deal », héritée de son passé de business man rompu à la négociation. Une méthode souvent brutale qui donne chaque jour un peu plus corps au précepte de sa campagne, « America first », et n’hésite pas à remettre en cause des accords des alliances ou accords qu’il juge désormais contraire aux intérêts américains.

Deux autres décisions du président Trump sont récemment venues confirmer cette doctrine: le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem puis surtout, le retrait de l’accord sur le nucléaire iranien signé par son prédécesseur Barack Obama, décision lourde de conséquence pour les entreprises européennes opérant en Iran.

Autant de décisions dévastatrices qui, au-delà des accolades de circonstance avec son homologue américain, obligent Emmanuel Macron à revoir sa position vis-à-vis de notre allier outre-Atlantique et à changer de stratégie diplomatique. Ce nouveau contexte international impose aussi, c’est ma conviction, de proposer un front uni au niveau européen qui soit en mesure d’opposer une réponse ferme et collective aux pressions de Donald Trump.

Seulement, nous le savons, l’Union européenne continue aujourd’hui de traverser une période heurtée de son histoire caractérisée tant par la cristallisation des sentiments nationalistes que par une absence latente de consensus sur son projet politique et collectif. Bien que le président Macron ait fait du renouveau européen un élément central de son projet présidentiel, il se heurte aujourd’hui aux réalités de l’exercice du pouvoir et à un contexte européen qui complique ses ambitions, en particulier sur les sujets de la politique extérieure de l’Union et de la construction européenne.

Alors que Bruxelles est toujours occupé à gérer les conséquences du Brexit, l’Allemagne d’Angela Merkel ne montre pas une appétence démesurée pour le projet de réforme des traités tel que voulu par le Chef de l’Etat français.

De même, les élections européennes de l’automne prochain, décisives pour l’avenir du projet du président Macron, demeurent indécises à l’échelle de l’ensemble des pays membres ce qui renforce le statuquo actuel et fragilise le discours européen à l’international.

Je n’oublie pas non plus la situation politique très incertaine en Italie, qui rajoute à l’incertitude au contexte actuel. La victoire inédite et surprenante de l’alliance entre nationalistes de la ligue du nord et populistes du mouvement cinq étoiles a débouché sur une crise politique ouverte, finalement éteinte par la signature d’un compromis autour de la nomination de Giuseppe Conte, premier ministre « technique » et dénoué d’expérience politique dans son pays.

Une chose est sûre, alors qu’Emmanuel Macron continue d’afficher des ambitions élevées et assure vouloir porter à leur terme plusieurs réformes de poids –taxation des Gaffa, parlement de la zone euro, force commune d’intervention militaire ou encore budget de la zone euro, l’avenir de l’UE et de sa construction n’a jamais été aussi incertain et la position du Président français fragile.

En tant que social-démocrate et européen convaincu, j’estime pour ma part qu’il est indispensable de continuer à porter cet objectif d’une plus grande intégration européenne. Il est le seul à pouvoir réenchanter l’idéal européen en rapprochant la décision politique des citoyens mais aussi et surtout en renforçant la solidarité et l’unité politique de la zone euro.

Dans quelques semaines, le 28 juin prochain, le prochain sommet des chefs d’Etat européens se réunira à Bruxelles. Paris et Berlin devraient proposer à cette occasion une feuille de route commune sur un autre sujet sensible, celui de la réforme du droit d’asile. Dans le contexte actuel, toujours incertain, nul doute que ce rendez-vous sera particulièrement important et fournira un certain nombre d’enseignements sur les discussions à venir entre les 27.