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Alors que le Premier ministre a annoncé mercredi 17 janvier sa volonté d’abandonner le projet de construction d’une nouvelle plateforme aéroportuaire sur le site de Notre-Dame-des-Landes en Loire-Atlantique, je m’interroge sur le bien-fondé de cette décision qui, en plus de remettre en cause le résultat du référendum local, risque faire jurisprudence vis-à-vis d’autres projets, notamment dans notre région.

Bourbier politique depuis plus de 30 ans, le projet de Notre-Dame-des-Landes n’est pas sans rappeler la lutte menée dans les années 70 et 80 sur le plateau du Larzac contre l’agrandissement d’un camp militaire.

Autre temps, autre projet, c’est de la construction d’une nouvelle plateforme aéroportuaire dont il est question déjà depuis plus de 50 ans dans la région, lorsqu’en 1965 le choix du site est initialement effectué par le préfet du département, avec le soutien indéfectible des collectivités locales et des décideurs économiques.

En 2008, la déclaration d’utilité publique du projet cristallise une vive opposition sur le terrain tant de la part de riverains que d’agriculteurs alors promis à l’expropriation de leur terre. Un an plus tard, l’emprise du projet devient soumise à une occupation permanente de la part de ses opposants et la zone d’aménagement différée est rebaptisée « Zone à défendre ».

Dès lors, tous les ingrédients se retrouvent réunis pour un enlisement de la situation, ce qui fut le cas, et il serait à mon sens réducteur d’en attribuer la responsabilité à un gouvernement en particulier tant ce dossier d’avère complexe et tant les majorités successives se sont révélées incapables d’y trouver une issue favorable.

En 2012, sous l’impulsion du Premier ministre d’alors, Jean-Marc Ayrault, par ailleurs ancien député de Loire-Atlantique, une "commission du dialogue" est instaurée qui conclut en avril 2013 à l'utilité du projet. Cette conclusion se trouve confortée en juin 2016 par le résultat du référendum local, demandé par le Président Hollande, à l’issue duquel les électeurs de Loire-Atlantique se prononcent en faveur de la construction du nouvel aéroport à plus de 55% des voix.

Malgré ces avancées, la situation du projet est restée au point mort jusqu’à l’an dernier, faute de volontarisme politique pour faire évacuer la ZAD et mettre fin au blocage.

Aujourd’hui, l’abandon du projet est désormais acté. Quels que soient les griefs que l’on peut formuler à l’égard de la décision du Premier ministre, il faut lui reconnaitre d’avoir su mettre fin à une situation intenable et d’avoir eu le courage politique d’en décider le sort.

Pour autant, cette observation ne saurait en éluder les éléments discutables et je m’interroge du bien-fondé de cette décision. En effet, la démocratie semblait avoir parlé localement en faveur du projet et les recours de ses opposants se sont trouvés rejetés un à un pour en venir finalement à une situation ou seule l’occupation, illégale je le précise, des lieux, n’en venait à entraver sa concrétisation.

Partant de ce constat et même si j’ai entendu les volontés d’apaisement exprimées à travers cet arbitrage, comment comprendre la décision du Premier ministre ? Comment empêcher certains de l’interpréter comme un aveu de faiblesse du Gouvernement et un affaiblissement de l’autorité de l’Etat ?

Ma crainte est que cette décision fasse date et que, en Dordogne comme dans d’autres départements où des projets d’infrastructures sont contestés, la décision sur le projet Notre-Dame-des-Landes agisse comme une jurisprudence en faveur de ceux qui s’opposent, souvent illégalement, à des projets d’utilité publique et portés par des collectivités ayant consenties à de lourds investissements.

Dans le Sarladais, à Beynac, le projet de déviation, pourtant nécessaire aux yeux d’une majorité d’habitants, doit faire face à une opposition virulente. La décision de mercredi a ainsi fait dire à certains esprits opportunistes que l’abandon de l’aéroport à Notre-Dames-des-Landes ferait date et que les opposants pourraient compter, localement, sur des soutiens extérieurs pour faire barrage au projet.

Pour ma part, je réprime totalement cet état d’esprit qui m’apparait au mieux déplacé, au pire, contraire au respect du droit.

En tant qu’élu de la République je respecte fondamentalement l’Etat de droit et m’oppose fermement à toute forme d’action qui pourrait entraver son fonctionnement ou empêcher son intégrité sur le territoire. La légitimité d’un projet ne connait qu’une seule règle qui est précisément celle du respect du droit et des avis rendus par les autorités publiques.