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Alors que les ordonnances travail ont été présentées la semaine dernière en conseil des ministres, le mois de septembre, entre contestation sociale et opposition vive à plusieurs mesures annoncées, a pris des allures de premier test grandeur nature pour Emmanuel Macron et son gouvernement.

En préambule, je souhaite exprimer ma solidarité et ma compassion aux habitants de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, dont les îles ont été dévastées par l’ouragan Irma voilà dix jours. Il paraissait difficile de prévoir l’intensité exacte de la tempête de même que l’étendue des dégâts, à quoi s’ajoutent les difficultés d’accès causées par l’insularité des territoires. Néanmoins, les secours et les services de l’Etat continuent de déployer aujourd’hui d’énormes efforts pour venir en aide à la population et rétablir les principaux services publics, ce qu’il convient de saluer.

Après une période de transition marquée par une forme d’état de grâce présidentiel beaucoup commentée, la rentrée marque un nouveau chapitre au cours duquel, tant à cause de la loi travail que des discussions budgétaires qui se profilent, l’exécutif se trouve obligé de sortir du bois. Les sujets de mécontentement se sont multipliés au cours des dernières semaines, alimentés par plusieurs annonces de rabots budgétaires : suppression d’une partie des emplois aidés, baisse des dotations aux collectivités territoriales, diminution de l’aide personnalisée au logement (APL), gel de l’indice des fonctionnaires…

L’inquiétude légitime d’une grande partie de nos concitoyens à l’égard de ces annonces mérite d’y apporter des réponses concrètes et je saisis l’opportunité de ce billet pour vous livrer mon état d’esprit du moment sur plusieurs de ces sujets.

Venons-en au premier sujet de débat, celui de la réforme du code du travail. Après une intense période de discussion parlementaire au cours de l’été, le projet de loi d’habilitation visant à réformer le code du travail par ordonnances a fini par être validé au cœur du mois d’aout. La semaine dernière, vendredi 22 septembre, Emmanuel Macron a apposé sa signature aux cinq ordonnances, à la suite d’une période de discussion au parlement qui n’a pas vu de changement majeur par rapport aux textes présentés par le Gouvernement.

Ces dernières devront être ratifiées par le Parlement et dont par le sénat dans les semaines qui viennent. Je serai vigilant sachant que je partage la philosophie du texte de certaines de ces mesures et que je suis très opposé à d’autres.

Sur la forme, j’estime que le verdict des urnes du printemps dernier donne toute sa légitimité au Chef de l’Etat pour mettre en œuvre une réforme annoncée de longue date. Pour moi, il appartient maintenant aux parlementaires de légiférer, c’est-à-dire de proposer et de s’opposer. C’est tout le sens d’une démocratie représentative.

Autre sujet d’importance, l’éducation, avec la rentrée scolaire, a occupé une grande part de l’actualité de ce mois de septembre. En particulier, l’annonce phare du ministre de l’éducation de dédoubler les classes de CP dans les établissements classés en réseau d’éducation prioritaire a été confronté à des difficultés de mise en œuvre dans plusieurs départements. Si je salue cette initiative, qui va selon moi dans le bon sens, je ne peux m’empêcher de relever le caractère précipité de cette décision difficile à mettre en œuvre en si peu de temps sur le terrain.

Ce même empressement a conduit le ministre à signer l’arrêt de la semaine obligatoire de quatre jours dans l’enseignement primaire sans même évaluer les conséquences de cette mesure alors même que, nous le savons tous, ce nouveau rythme scolaire était le plus adapté aux enfants.

L’activité scolaire a été impactée par la baisse annoncée des contrats aidés car de nombreuses communes ont recours à ce type de contrats pour accomplir des missions d’encadrement ou d’accompagnement à l’école. De ce fait, même si cette baisse est assez limitée dans le secteur éducatif, plusieurs élus ruraux m’ont déjà fait part de leurs difficultés.

Je l’ai déjà exprimé, cette mesure est à mon sens très préjudiciable aux collectivités locales, au secteur associatif mais aussi pour les bénéficiaires eux-mêmes et je n’ai pas manqué d’en alerter le premier ministre.

Enfin, dernière mesure annoncée mais très discutable à mes yeux, la baisse des APL constituera une perte de ressource pour nos concitoyens les plus modestes mais aussi pour les offices HLM surtout si l’exécutif applique ce qui est annoncé (une baisse de 60 euros qui serait compensée par une baisse équivalente des loyers).Une telle mesure conduirait à la mise en difficulté des bailleurs sociaux en asséchant leur marge d’autofinancement  et en les empêchant de construire de nouveaux logements.

S’ajoute à cela l’annonce un durcissement des conditions d’accession sociale à la propriété, risquant se traduire par une fin du prêt à taux zéro dans de nombreux territoires notamment ruraux.

J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer ma vive opposition à ces mesures. Alors que le secteur de la construction et du logement a pu connaitre un fort regain d’activité ces derniers mois grâce aux initiatives menées en 2015 et 2016, cette décision risque lui être très préjudiciable et également plonger les finances des bailleurs sociaux de notre département dans le rouge. Je n’ai pas manqué, là encore, d’en aviser l’exécutif pour lui demander de revoir sa copie.

Alors que vont s’ouvrir le mois prochain les discussions sur le budget 2018, je ne doute pas que nous aurons l’occasion, au Sénat, de débattre à nouveau de la plupart de ces sujets. Gageons que l’exécutif saura revoir sa position pour entendre la voix des territoires ruraux. Je m’y montrerai, bien entendu, particulièrement vigilant.